L’année des trois saisons

La porte poussée sur ce petit café de quartier

Arriver des brumes après l’été violenté

La découverte d’un petit monde connecté 

La danse pour tout changer

La parfum d’automne du cidre partagé  

Les tempéraments des êtres opposés

L’oiseau libre et le loup à apprivoiser

La rencontre des improbables fermentée

La plaza aura brillé pendant trois saisons

Un autre Montréal après les montagnes et ses cloisons

S’accouder aux comptoirs des bars à s’inventer d’autres facettes

Les lignes du désir tracées dans la neige imparfaite

La danse improvisée sous la foule enflammée

La trame de Caravan Palace projetée  

Les corps en symbiose et le jeu calculé

L’âme exhibée par le feu inné

 

La découverte d’un autre moi à qui j’ai donné voix 

De mon être serein et affirmé qu’aurai-je laissé derrière moi

Plonger dans les piscines de minuit 

Les visages découpés sous les lumières de la petite patrie

 

Les comptoirs à s’asseoir sans hésiter

Les mots inventés et conjugués aux personnalités 

Le détour pour des chaussures oubliées 

Errer Beaubien à soupirer aux feux rouges brûlés

 

Les soirées décorées par la bouteille de blanc

Les éclats dans les désaccords tremblants

Les mots pour pallier aux maux 

Une conclusion toujours mûre

 

Flâner les artères à parler de densité  

Déjouer la géopolitique d’une petite communauté

Le sourire complice des stratèges amusés 

La lecture de l’âme sans parler

 

Un hiver dans les grands froids à s’y réchauffer

La ville tapissée de blanc pour hiverner 

La lenteur du temps à s’en envelopper 

Sous les tempêtes le coeur aura parfois trébuché

Le printemps comme mon grand mal-aimé

Ses rayons violents pour nous tirailler 

Le rappel d’une zone grise à m’en épuiser  

Une troisième saison vite arrivée

 

La faille pour les âmes encore enserrées

Les souvenirs brûlés par l’abrazo échauffé

Le loup changé et l’oiseau envolé

Laisser à l’hiver la mémoire pour nous bercer 

Crédit photo: Nicolas Paquet

L’été des métropoles

Montréal, l’été. Le mien et celui des autres, à quelques décennies d’intervalles…

Les veillées à traîner un carnet de poésie aux comptoirs des bars. Quelques gouttes de blanc pour raviver les souvenirs. Des mots qui dansent et m’abreuvent. Une encre coulée sous une main inspirée. Le sourire en coin de la barmaid. Le verre offert pour semer quelques vers.

Les balcons d’appartements tapissés de plantes qui s’écroulent. Les rues du plateau où les arbres se frôlent et s’embrassent. Les junkies d’endorphine sur deux roues. Quelques ridules nées des rayons. Les pattes d’oie, tatouages des hilarités.

Les échanges fades à chercher le mystère de l’autre. Creuser pour des bribes. Brûler pour quelques rimes. S’enflammer pour du vent. Le romantisme calciné.

Le carnet enflammé lorsque les émotions paralysent. Faiblir pour des boucles d’or et des yeux doux. Fondre pour un creux d’épaule ou d’oreille. Les accroires si bien ficelés. Le cycle des pléonasmes. Devenir toute petite dans un grand mutisme.

Meubler l’espace et les silences. Les couleurs chaudes du nouvel appartement. Les boisés réconfortants. Le craquement des vieux planchers en trame. L’odeur d’un café pimenté dans un matin calme. Les cheveux d’épice attachés maladroitement. Une routine décousue.

Les projets féconds de la jeune vingtaine sur la terre encore fertile de l’innocence. Flâner avec la pureté de vouloir refaire le monde, quelque part sur Masson. Pendant que tous les rêves encore vierges se cultivent. Avant que le rythme effréné ne vienne les déflorer. Mûrir dans la gueule du loup à petit feu.

L’été des seize ans et les battements pour un amour d’adolescence. Errer les artères sans but précis. Les jupes effleurées par la brise. Les cils peints pour un hasard provoqué. Le baiser volé et la rougeur au visage. Partir le coeur hurlant. Sourire à pleins poumons.

-M!

Crédit photo: Nicolas Paquet

Le dernier voyage

Lors de mon article sur Banff l’an dernier, j’ai adoré l’univers poétique et les mots qui coulent dans lequel je l’ai composé et je ne m’en suis pas encore complètement détachée. Au cours de mes derniers mois à Banff, en me promenant à travers la ville et les ruelles qui ont construit mon histoire durant mes trois années ici, tous les souvenirs qui me sont revenus se sont inscrits dans mes notes et ont donné lieu à ce billet qui résume bien l’univers un peu irréel dans lequel j’ai vécu…

Banff. Entre cette vie que j’ai choisie et qui m’a ensuite choisie. Les allers-retours Montréal-Banff que j’ai arrêté de compter. La musique de la nature et le craquement des bûches dans la cour arrière de cette maison. L’écho du train sur les rails. Les wapitis qui m’ont escorté durant mes marches à l’aurore. Le roi de la forêt et ses cornes.

La ville des sweat-shirts et des tuques quatre saisons. Les veillées à faire des jams & poker dans un sous-sol d’appartement. Les soirées d’été à se commander du Ramen Arashi et en manger au bord de l’eau avec la montagne Rundle en arrière-plan. Les « Sunday Funday » à danser et jouer au bowling au « High Rollers », où tous les locals de banff se donnent rendez-vous.

L’histoire de coeur et le croisement des improbables. Tu auras pardonné mes ridules plus creuses que les tiennes et l’argent de mes cheveux qui arrivera un peu avant toi. Ton audace et ton savoir. Ta main qui a voyagé jusqu’à la mienne, si doucement. L’affliction de ton départ. L’histoire de Banff qui aura résonné le plus de mon passage. S’en est découlé quelques printemps, des fuseaux horaires et d’autres histoires depuis. Je te souhaite aujourd’hui de recevoir l’amour que tu mérites, pour celles et ceux que tu aimeras.

Le son des skis qui tranchent la neige dans un virage. La magnificence de l’hiver qui déferle le long de la pente d’Eagle Creek à Sunshine Village. Les cidres chauds en après-ski. Les matins à descendre les quatre étages de mon immeuble d’appartements avec les skis sur les épaules et mon éternel petit sac orange. Sept mois d’hivernage.

Ma réalité bilingue. Les rencontres fortes issues de celle-ci. La découverte de soi dans une autre langue. Nous sommes toujours une personne différente dans une autre langue, n’est-ce pas?

Les balades en voiture à longer les lacs Vermillion à 20 km/h, les cheveux qui volent à se faire appeler «my girl ». Les détours en voiture à flâner pour rien et installer la couverture sur tous les quais de notre chemin. Mais les violences de ces histoires passionnelles. La disparité sans signal. L’infraction et l’irréparable soirée des éclats. La main que l’on m’a tendue le jour où j’ai complètement touché le fond dans le plus grand des silences.

L’automne de trois semaines où les touristes redonnent un peu la ville à ceux qui y vivent. Les levers à l’aube pour la randonnée de l’avant-midi. Pendant que l’on peut encore admirer l’azur du Lac Moraine sur le sentier tout en haut, entre quelques coloris de feuilles jaunes. Le café encore chaud que l’on a préservé pour la vue.

Le contraste avec l’aspect impersonnel des grandes villes. L’aspect sympathique d’une petite localité avec une communauté d’entraide plus grande que nature. Les beaux êtres magnanimes qui la composent. Une solidarité sans égal.

Les montagnes de Banff et les secrets qu’elles renferment. Les aveux confessés. La valse du regard et l’impact des mots. Des pas de danse qui ont dévié de l’axe. Un déséquilibre entrecroisé. S’éloigner de l’enlacement même s’il n’a jamais paru aussi naturel et symétrique.

Les amitiés qui construisent la maison qu’on n’a plus en venant ici, les fondations que l’on crée. Des êtres venus seuls ou presque en recherche d’un semblant de famille. Se réinventer à travers ceux que l’on a rencontrés par hasard. Des joueurs que l’on gagnera et de nombreux que l’on perdra en cours de chemin, à coups de saisons. On ne gagne jamais totalement. Il faut avoir le coeur solide pour en encaisser autant, de départs. Le mien a fini par craquer…

À travers l’expérience parsemée de difficultés, mais surtout de moments remarquables, j’ai mis fin à un des chapitres les plus marquants de ma vie qui ne devait durer que le temps d’une saison au départ. Je ressens encore les échos des montagnes et leur calme résonne même dans la jungle de la grande ville. C’est ce qui fait qu’au fond, je ne me sens jamais vraiment loin…

-M!

Le huis clos des rocheuses

Je n’ai pas ré-écris sur ce blogue depuis mon move dans les montagnes, il y a déjà deux ans. Il me semble que le moment de mon départ, à partir le coeur brûlant d’espoir et de rêves contenus dans une seule valise, me semble loin à des millénaires.

Banff. Deux ans de vécu dans cette petite ville où je pensais n’y rester que pour une saison.

Elle m’a trappée dans ses rochers de caractère et ses lacs d’émeraude.

Tellement de hauts et de bas qui s’y sont créés.

La vérité, c’est que j’avais beau m’imaginer la vie ici avant d’y être, je me rends compte au final que je ne savais rien. C’était sous-estimer le pouvoir des rocheuses et la séduction qu’elle a eue sur moi. Parfois, les mots dansent tout seuls quand on veut résumer le vécu de cet environnement…

C’est l’isolement dans un huis clos naturel, l’orange de l’aube qui transperce le matin. Le cri du coyote dans la nuit. Le parfum des conifères frais et du crépitement de l’épinette. Le clair de l’eau et son goût pur. Le train peu timide.

Si loin de l’énergie de la ville où les grandes tours engouffrent parfois la lumière.

Une ville de roulement. Des visages répétitifs durant quelques ivresses nocturnes. Le soudain vide des départs. L’habitude de ses fréquences. Les grands sensibles qui tombent dans la gueule du loup.

L’engrenage des amitiés éphémères.

Puis l’amour qui foudroie. L’histoire de tous les impossibles qui devient pourtant la plus belle. Le premier qui a su si bien me lire au-delà des artifices. Le matin d’adieu et l’étreinte incessante. S’envoyer des échos au travers des saisons. Les décalages qui viennent à bout de notre histoire. L’injustice ressentie.

L’hiver serein et son adrénaline des pistes. La culture du ski au travers d’une ville sous son hypnose. Les soirées autour du feu. Les lèves-tôt et les premiers qui se tracent sous la neige fraîche. Les cotons ouatés et les couvertures qui traînent. Sous la neige je vais hiverner, comme disait Félix Leclerc.

Une ville où le piédestal n’existe pas vraiment. Égalitaire à tous. Une mentalité non-carriériste où la qualité de vie devient prioritaire. Des attentes et des pressions en moins. Les questions contrariantes sauvées.

Les nuits folles où l’on valse à même la rue principale. Errer sous l’influence de nos excès. Les heures tardives où on lève encore son verre. Nos visages découpés par le bleu des projecteurs. Des premières fois encore pour beaucoup. Entre le pouvoir, l’attraction et les maladresses.

La beauté de ralentir. Être plus calme que je ne le pensais. Grandir doucement ici sans vraiment vieillir. Banff et l’éternelle jeunesse.

Un peu, beaucoup de tout ça.

-M!

Partir et « tout sacrer là »…

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Partir.

Ce mot d’une grande résonance, d’une grande portée. Ce mot qui n’entend que les échos, la folie et ses appels. Il était en moi, ce mot, depuis toujours. Depuis la première fois que j’entendis les récits d’ancêtres aux histoires plus modernes de ceux qui ont tout sacré là un jour et ont pris des risques.

Il existait, ce mot, un peu enfoui. Je ne savais juste pas encore comment lui donner justice. J’aurais voulu puiser ce courage-là plus jeune, au début de ma vingtaine. J’avais juste acquis la maturité de voyager en solitaire sans vraiment penser plus loin. Je partais et je revenais, et c’était suffisant. Je revenais dans ce quotidien et ce confort qui m’empêchaient un peu de faire le move. Maintenant, je veux voir le monde, dans tous les sens du terme. Et rester cloîtrée dans mon confort d’ici, ce n’était pas la réponse. Pas la mienne et pas pour maintenant, du moins…

Quelques mois après mon retour de voyage dans l’ouest l’an dernier, j’ai été saisie, un jour, par cette idée qui ne m’a jamais quittée depuis. Et si je quittais tout ici pour recommencer ailleurs, sans durée déterminée? Cette réflexion prenait de plus en plus de sens à mesure que le temps avançait. J’avais toutes les ressources pour le faire: la confiance d’être laissée à moi-même acquise durant les six dernières années, la maturité financière, la santé et peu d’attaches ici. Je n’avais pas vraiment d’excuses pour ne pas le faire. Pour la première fois, j’ai été saisie par le sentiment que j’avais enfin assez de guts pour le faire. « Faut avoir du guts pour faire ça », comme mon père disait depuis des années, et dont il m’a répété lorsque je lui parlais de mon projet. Je l’ai regardé dans les yeux cette fois en lui disant « Je sais que je l’ai trouvé ».

Je n’ai pas renouvelé mon bail. J’ai vendu tous mes électros, désencombré le plus que je pouvais en ne gardant que le strict minimum qui repose maintenant dans un entrepôt, depuis plus d’un mois. Discrètement, j’ai eu le temps de dire au revoir à mon Montréal de coeur. Mon corps a été suffisamment insurgé de caféine (je n’en bois pratiquement jamais!) pour la prochaine année, dû à tous ces cafés partagés avec vous avant mon départ! J’ai veillé tard dans les rues du vieux-Port, flâné dans le Mile-End…comme cette urgence de me remémorer tout le meilleur de Montréal, et pourquoi je sais que j’y reviendrai toujours, d’une manière ou d’une autre.

On dit souvent que plus on prend de l’âge, et plus on se crée un confort qu’on n’est pas prêt à céder. Ce que je comprends. Ce que j’ai cependant réalisé, dans mon cas, c’est que c’est devenu tout l’inverse. Plus je vieillis, et moins j’accorde d’importance aux apparences, au grand confort. J’ai réalisé même qu’au cours de la dernière année, mes choix de vie marginaux, qui m’ont souvent donné le sentiment de vouloir me mettre mille pieds sous terre lorsque je comparais avec « les autres », n’ont pourtant eu aucun impact sur mes relations. J’ai réalisé ça n’avait pas d’importance pour mes proches et même les nouvelles (bonnes) relations, que je sois différente et parfois à l’inverse du mode de vie traditionnel. Pas de jugement du fait que je sois heureuse de vivre avec peu et que je m’en contente. C’est correct de ne pas fitter toujours dans le moule et faire les choses autrement, comme on le sent, au moment que l’on veut. Tant que l’on ne change pas nos valeurs et nos fondements et que l’on reste intègre à soi, peu importe où. Que l’on transporte dans nos valises notre amour-propre, ici ou à des kilomètres ailleurs. C’est tout ce qui importe pour les gens autour de moi.

Prendre un « risque » comme des milliers d’autres jeunes l’auront fait n’a rien de nouveau, mais je réalise aussi le nombre de gens qui se sentent interpellés par des rêves d’ailleurs en se retenant de le faire. C’est un peu comme l’idée du voyage: j’ai eu le chance de voyager seule en ayant la confiance dès le premier voyage, comme d’un naturel. C’était ma cousine qui m’avait inspirée, ayant fait un long voyage en Angleterre en solitaire à l’âge de vingt ans. En suivant un peu ses pas, je n’aurais jamais imaginé qu’à mon tour, plusieurs amies et connaissances ont été inspirées par mon parcours et l’ont fait aussi, confiantes que ça pouvait bien fonctionner. C’est une belle chaîne d’inspiration qui se crée et qui se transmet de personnes en personnes. C’est beau à voir. On voyage seules et on sent cette solidarité entre femmes à travers les fuseaux horaires.

Il y a deux ans et demi, alors que j’apprenais les fondements du minimalisme, ma vie a prit un autre tournant, drastiquement: j’ai arrêté de surconsommer, j’ai changé mon alimentation, je me suis mise au sport, et j’ai reconsidéré beaucoup de relations. La dernière étape était de « lâcher prise », une idée que j’ai apprivoisé peu à peu. En lisant un livre sur le sujet, je savais que ce lâcher prise, pour moi, c’était de faire ce move-là, parce que l’idée traînait inconsciemment depuis des années. Je me suis simplement demandée ce qui me retenait vraiment de le faire. Si c’était mon bel appartement qui m’empêchait d’aller ailleurs, je savais que la raison était ridicule considérant le fait que je n’accorde pas d’importance aux objets physiques. Je n’avais qu’à tout entreposer pour me sentir réellement libre et partir à zéro. Ce serait facile de penser que tout ceci s’est fait facilement et sans efforts: on veut souvent ne voir que la point de l’iceberg alors que le reste est un lot de sacrifices financiers, émotionnels et relationnels pour finir par en arriver là.

C’est donc l’appel du calme de l’ouest, la connexion des grands espaces et l’environnement que j’ai connu à l’automne dernier qui me fait revenir en Alberta, mais dans un contexte différent. Ma partie préférée des nouvelles aventures, c’est partir à la découverte des autres. Je veux revenir à cette proximité-là avec eux dans un contexte de travail, dans un domaine totalement différent de tout ce que j’ai pu toucher auparavant. Je ne renonce pas à ce que j’ai fait, mais changer d’air et se risquer à quelque chose de nouveau, ça fait travailler l’esprit, l’orgueil et ses repères.

Je ne sais pas comment tout ceci se passera ni combien de temps j’y resterai. Je sais que l’appel de Montréal se fera entendre, mais je ne sais pas quand. Je ne connais pas personne dans la ville où je m’installe, mais ça ne me dérange pas du tout. Je ne sais pas grand chose et c’est exactement ce que je souhaite: ne plus être autant organisée qu’avant et être laisser le hasard faire son travail. Vivre tous les possibles. Tout ce que j’ai maintenant, ce n’est qu’une seule valise et un petit sac à dos. Et je peux vous dire, le sentiment de légèreté que ça procure de n’emporter que le strict minimum, ça procure une belle liberté d’esprit! Je sais déjà que ça en vaut la peine.

Au revoir Montréal!

-M!

 

Revenir après un long voyage

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Je viens de regarder mon calendrier. Aujourd’hui vient de passer une journée qui fut très banale à mon sens, mais toute date semble propice à me reconduire en arrière en me disant « Il y a un mois, j’étais là-bas! ». Il y a encore l’album « Coastline » de Geoffroy qui joue en trame de fond. Ce sentiment de grande nostalgie lié au déni de revenir complètement à la réalité, je le vis à chaque retour de voyage

« L’ouest », c’était un projet qui fleurissait depuis plus d’un an. Durant l’année qui a précédée ce voyage, il y avait aussi ce constat d’urgence de me rapprocher de valeurs nouvelles qui reflétaient moins le désir d’être au coeur de l’action, tout le temps. De ne plus vouloir autant, de ne plus vouloir trop. J’ai beau me résoudre à me dire que rien n’est plus beau que ce Montréal sans frontières, l’appel de l’ailleurs pour mieux revenir est toujours aussi tenace. Il y avait le désir profond d’effleurer cette nouvelle parcelle de moi qui n’avait plus la pression de se prouver. Ou de justifier mes choix de vie. Tout ce que je savais, c’était qu’à ce moment-là, dans ma vie, il n’y avait que de place que pour ce projet, et pour rien d’autre. L’ouest, je sentais que d’une manière ou d’une autre, je n’en reviendrais pas indifférente.

On peut prévoir son itinéraire à l’avance, mais on n’a aucun indice ni jeu sur les rencontres et les expériences qui s’en suivront. On n’a pas idée des émotions qui se vivront à la même intensité que le voyage lui-même. Avant mon départ, ma plus grande impatience était de rencontrer ceux dont je ne connaissais pas encore. Je partais les bras libres, sincèrement ouverts à l’inconnu. Le contexte fait bien sûr en sorte que ces rencontres ne sont souvent qu’éphémères. Avec l’expérience, je ne me fais plus d’illusions: je ne reverrai probablement jamais ceux qui ont laissé une trace importante dans ce voyage. Je me contentais de leur dire « All we have is now ». Le temps n’était pas aux promesses futures, mais à ce que nous partagions là, maintenant. Sans le savoir, ils se figeaient dans les souvenirs qui transcenderont les décennies de mon âme.

La bonté humaine n’a cessé de m’étonner. J’en étais émue, parfois. Tout le monde voulait toujours me rendre service, m’aider à sa façon. Que des gens m’invitent sans hésitation à un souper dans leur cour arrière, que des amis d’amis me fassent découvrir volontiers leur ville de coeur, que l’on m’aide à m’intégrer…J’ai été émue de cette spontanéité qui semblait si simple, mais pourtant difficile à trouver lorsqu’on a les pieds joints dans son confort qu’est le chez-soi.

J’aurai fait le choix de ne pas tout narrer sur mon blogue de voyage, même si je vous ai ouvert des portes de mon quotidien dans ce contexte. Il y a cette sensibilité, tous mes sens évoqués et leurs bousculades que j’aurai vécu là-bas, seule ou avec des amis de passage. Je savais pertinemment qu’en les vivant, ils m’appartenaient, mais qu’ils s’immisceraient surtout dans ces souvenirs qui perdurent à travers les années, positivement parlant.

Il y a eu ce constat qu’en étant aussi près de la nature, on sent davantage les conséquences de l’environnement, du changement climatique et des habitudes humaines qui sont liées au détriment de nos propres terres. À travers les animaux terrestres, les espèces marines et même de l’humain. En habitant dans la ville, loin des espaces verts, on a moins une confrontation directe des conséquences négatives de nos actions. Et là, je le voyais: des ours qui désertaient leur propre espace dû à la chasse illégale. Des tortues de mer qui mouraient dans les océans à force de confondre les sacs de plastique avec des méduses. La destruction d’arbres et d’espaces verts pour des intérêts commerciaux. Ça ne m’a pas seulement choquée de voir tout cela en face à face: ça m’a crié l’état d’urgence. J’avais seulement envie de dire « Mais qu’est-on en train de se faire? ».

Être « seule », ce mot qui semble évoquer un grand vertige auprès de tant de gens! Je mentirais en disant que j’ai fait des rencontres exceptionnelles à chaque arrêt. J’ai appris à accepter le fait que malgré toutes mes intentions les plus sincères, je n’aurais aucune garantie que l’on veuille de ma compagnie, partout et tout le temps. Que ces moments-là, où la tête ne converse qu’avec elle-même, sont pourtant ceux où elle prend enfin son souffle. Et ce sont dans des instants inopinés, dans ces détours et imprévus, que l’on va à la rencontre des autres. Au fond, être « seule », c’est l’être de temps à autres, en être suffisamment forte pour l’accepter et devenir aguerrie lorsqu’on laisse finalement le portail ouvert à autrui. Après quatre voyages en solo, je ne puis que me remémorer ce premier, où une amie avait annulé notre projet de voyage en terres françaises (sans rancune!). J’étais déjà rendue là-bas avant d’y être. Décider d’aller au bout de mes efforts aura été le plus grand élément déclencheur pour réaliser que je pouvais être plus entreprenante que je ne le pensais, malgré tous les malgré.

J’ai hâte au jour où l’on cessera de mettre autant de barrières aux femmes qui rêvent de ce genre d’indépendance. Non seulement les gens semblent avoir peur pour elles, mais on sent surtout qu’ils veulent qu’elle aient peur. Et quand elles répondent par la négative à tous ces barreaux, elles dérangent dans la mentalité populaire. Tout est un risque, à partir du moment où on met le pied en dehors de chez-soi! Autant de hasards et d’imprévisibles sont possibles, peu importe sa direction. Être une femme n’est pas un handicap, et sûrement pas lorsque l’on concrétise une curiosité comme celle-là! Il ne m’est personnellement jamais rien arrivé de grave. Il n’y a pas de meilleur secret pour partir à la découverte du monde, seul(e): c’est de se faire confiance, et qu’on leur donne confiance!

« L’ouest », c’est ce projet qui s’invente en songes lorsque les souvenirs remontent. Une belle poésie qui m’a accompagnée. Le rapprochement encore plus sincère auprès des mots, la passion de l’écriture qui me parlait. Il me semblait qu’avec autant de vécu condensé en si peu de temps, les mots venaient à moi et flottaient si naturellement. Le sentiment de fierté d’avoir entrepris avec autant de volonté ce but-là. La fierté de cette assurance aussi, qui croît après chaque périple, même s’il me reste encore des frasques à trouver. Ma plus grande surprise fut toutes les réponses apparues à ces questions que je ne me posais même pas avant. Oui, ce fut le plus beau voyage extérieur et intérieur! Quand je pense à un seul mot qui pourrait résumer tout ce que j’ai vécu, il n’en tient qu’à celui-ci: nécessaire!

-M!

Pour lire mon blogue exclusif à ce voyage, cliquez ici.

Crédits photo: Nicolas Paquet

 

 

Vouloir moins et vivre d’essentiel

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Je n’ai jamais écrit pour écrire. Mon dernier article sur ce blogue remonte à plus de huit mois. Quand je ne me sens pas entière dans une inspiration, je n’insiste pas sur les mots. Les brouillons n’ont pas manqué, par contre! J’ai relu mon dernier article, soit « L’été de mes vingt-cinq ans », qui remonte au mois d’octobre dernier. Après avoir traversé un été de tempête, un élément m’avait laissé à réflexion pendant toute cette saison; la définition de la réussite. Je commençais à mettre le doigt sur un processus qui allait changer ma vie.

Mars.

Toutes les années se ressemblent pour ce mois inévitable de grands changements et de bouleversements. Et mai restera toujours un mois de malédiction, mais on repassera. Cette année, ce n’est pas nécessairement un « quelqu’un » qui a changé mon mois de mars et ceux à venir, mais bien des prises de consciences qui ne sont venues que de moi.

Pour une des premières fois de ma vie, je voulais moins.

J’étais à bout des excès et des abondances inutiles. Le stress du temps qui me rappelait que je devrais être plus « publique » pour mousser ma carrière, sentir que je devrais un peu renoncer à la simplicité pour donner une certaine valeur à ce que je fais. Je ne me suis finalement jamais habituée à l’idée que je devrais être au-dessus de mes affaires pour me sentir respectée. Je cherchais à me rapprocher du bonheur, en étant perplexe face à sa définition. Souvent, la définition du bonheur pour certains, c’était de réussir monétairement pour être suffisamment matérialistes.

J’ai remarqué qu’autour de moi, personne ne semblait jamais satisfait de rien…et moi non plus. Rares sont les fois où j’entends « Je suis heureux en ce moment. Vraiment heureux ». La vérité, c’est que le présent ne nous satisfait jamais. On peut juste porter un regard sur nos relations… Inconsciemment, on sait qu’il y aura toujours une fleur plus belle qui pousse non loin et dont les couleurs nous semblent plus attirantes, plus attrayantes. J’ai longtemps eu l’impression que la technologie nous donnait l’illusion que nous avons trop de choix, comme si on était passé d’une fleur à un bouquet en un clic. La vérité, c’est que c’est la personne derrière son téléphone qui maintient sa vraie intelligence sociale, qui fait le choix d’être présente ou pas dans la vraie vie.

Ces excès ont aussi fait naître le malaise de la superficialité trop présente. Assez pour faire ressentir une frustration de plus en plus douloureuse lorsque j’entendais seulement « T’es belle » lorsque je laissais quelqu’un se rapprocher un peu plus de mon âme. Peu importe que l’on me complimentais sur mon apparence, mes biens matériels, mes objets…je ne ressentais plus de plaisir à entendre les compliments qui semblaient se maintenir uniquement aux artifices. Je ne ressentais plus rien, en fait. Non pas que je n’apprécie plus de les recevoir, mais ils ne devraient pas justifier la raison d’une relation. Je pense que le déclic s’est fait à un certain moment où j’ai entendu la réponse que je ne voulais pas vraiment entendre à cette question: « À quel point m’aimerais-tu encore si demain matin, un accident me donnerait un tout autre visage? ». Un de mes professeurs de philosophie nous l’avait lancé dans un cours, et elle m’a marquée au point tel que je me suis surprise à la poser lorsque j’ai ressenti ce moment de doute.

C’était peut-être une question niaiseuse de fille avec peu de confiance à l’époque, mais j’avais envie de vomir. À ce moment-là, j’aurais voulu ne plus avoir aucun artifice. J’aurais aimé ravoir le visage de mon adolescence avec de l’acné jusqu’au cou, lorsque je me sentais invisible physiquement. Toutes les expériences et réflexions que j’avais acquises au cours des années, toutes mes batailles et mes implications, semblaient maintenant être secondaires. Je me sentais prise dans ce fameux pattern du « Sois belle et tais-toi ». J’avais beau avoir une parole et des mots, mais je semblais restreinte à n’être qu’un bel accessoire pour les autres, sans plus.

Les mois passent, et j’entretiens une lourdeur inexplicable en ce for intérieur. Un jour, je regarde par hasard le documentaire « The Minimalists » qui relate des histoires réelles de gens qui ont opté pour la simplicité volontaire, soit de vivre avec uniquement ce dont ils ont besoin pour apprécier réellement ce qu’ils ont. Vivre avec moins pour être plus heureux. Tourner la switch à off de leurs appareils pour être plus connectés avec les gens. Des gens qui gagnaient des salaires dans les six chiffres et qui en ont eu assez de vivre uniquement pour leurs chèques de paie, de s’acheter des choses pour combler un manque et se dire que c’était pour donner un sens dans un travail qui les rendait malheureux.

Vivre avec moins.

Le déclic s’est fait. Le film m’a ramenée à revoir l’essentiel et comprendre que 90% de mes choses ne me rendaient pas plus heureuse. Tout ce qui semblait en lien avec l’extérieur, la beauté et les artifices ne m’ont en fait jamais apporté de grande valeur. Les gens épris de leurs avoirs me laissaient complètement fade. Cela peut sembler contradictoire à mes métiers artistiques, mais j’ai compris que les seules choses matérielles qui m’apportaient un certain accomplissement étaient celles qui me permettaient de créer. En quatre jours, j’ai donné sept sacs remplis d’objets et de vêtements à des organismes et des amies en me posant la simple question à chaque objet « Est-ce que ceci m’apporte quelque chose? En ai-je vraiment besoin? ».

Je me suis mise à ne plus vraiment envier les belles maisons, les belles voitures, les gros salaires, même si, à la base, ça m’importait peu. Ça m’a juste importé encore moins. Je me permets de sourire des gens stressés et stressants qui veulent à tout prix avoir la nouvelle version X du téléphone X parce que c’est absolument nécessaire. J’ai enlevé tout ce qui devenait source de stress, d’envahissement et d’abondance; je me suis désabonnée de plein de comptes Instagram et Facebook. Je n’ai pas mis les pieds dans des centres d’achats depuis des mois, je me suis ramenée à l’essentiel au point tel que j’ai même remis en question mon alimentation et les produits transformés que je consommais. Ce n’est pas uniquement mon garde-manger qui a complètement changé, mais la philosophie derrière. Je n’ai jamais été en meilleure santé, et jamais été aussi heureuse je crois.

Le hasard a assez bien fait les choses durant les derniers mois pour que je rencontre des gens humainement connectés avec les autres. Des gens présents à 100%, passionnés et extrêmement généreux de leur personne. Je me sentais tout à coup extrêmement émue d’être regardée entièrement . J’ai changé un peu les passe-temps qui m’occasionnaient du stress inutile, où je restais par habitude et par principe. Je me suis investie dans des activités complètement à l’écart de ma zone de confort. Au travers de l’activité, j’étais surtout attirée par ceux qui ne laissaient aucun téléphone interférer une conversation, aucun attrait physique changer la perception des relations interpersonnelles et aucun bien matériel influencer le regard que l’on porte sur l’autre. Bien des gens vous feront croire qu’il ne faut pas se montrer trop humain pour gravir les échelons; c’est plutôt l’indifférence qui rend les gens tièdes. Je suis disparue un peu, et j’ai recommencé à vivre pour ce qui donnait un sens au terme « exister ».

-M!

P.S. Non, je ne me suis pas convertie à aucune religion! Haha!

 

L’amour post-relation

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J’ai dû réécrire plus d’une douzaine d’articles depuis plus d’un mois. Des débuts réfléchis, des ébauches solides, puis l’abandon soudain. Des centaines de mots biffés et des boules de papier recyclées. Je ne trouvais pas toujours la justesse ni l’inspiration égales à la sincérité de mes émotions. On me jettera peut-être des pierres au fait que je parlerai de façon aussi personnelle, mais quand la danse ne peut même plus devenir mon échappatoire, il me reste toujours les mots pour me retrouver. Et si mes écrits peuvent servir d’exil ou de baume pour certains qui me lisent, j’aurai le sentiment que mes mots s’emboîtent. Même avec le vertige de le publier.

Je ne manque pourtant pas d’inspiration avec l’amalgame d’émotions qui m’a habitée au cours du dernier mois. J’ai bien fait gaffe de ne pas l’afficher « publiquement » sur les réseaux sociaux. Vivre avec ma grisaille et fuir ceux qui me prendraient en pitié ou qui accorderaient trop d’attention à cette histoire. Un vrai silence orgueilleux. Et vient le jour où il faut se résigner à en parler un peu plus largement qu’à ceux qui nous posent la question en « vrai ». Comme ce blogue n’est qu’un début d’une série de billets qui se penchent sur mes tourments, mes questionnements et mes constatations, il faut bien accepter le fait que mes articles prendront une nouvelle tournure. Enfin, je resterai avare de bien des détails, mais voici: j’ai enfilé de nouveau mes chaussures de célibataire.

Les éclats d’une rupture, c’est toujours puissant. Je constate que les chagrins d’amour n’ont souvent rien à voir avec le temps d’une relation. C’est souvent l’importance accordée à l’autre, la gravité de l’amour et les espérances qui décident du sort torrentiel quand tout arrête. En plus du vide, tout devient un choc. La vie poursuit son cours même si notre horloge semble désorientée. Tout se concentre tellement à l’intérieur de soi que l’on ne se sent plus vraiment « là ». Malgré l’immense vague d’amour et de soutien que l’on reçoit durant cette période, on peut facilement remettre en cause sa propre valeur aux yeux des autres. Même les plus forts peuvent douter. Pendant que l’on cherche encore l’autre instinctivement, on entend les oiseaux au matin qui nous rappellent que notre tristesse n’affecte pas grand chose au reste du monde. J’aurais souvent souhaité qu’ils se taisent pourtant.

La tiédeur du mois de mai m’a rattrapée une fois de plus. Le coeur se fait imposer un billet de train en aller-simple qui voyage et déraille à vitesse maximale. J’ai l’impression que la peine ressentie se mesure à l’amour éprouvé. Et par le fait même, je peux dire qu’au moins, je n’ai pas mal aimé. J’admets que nous n’avons pas été parfaits, et j’ai aussi eu mes défauts. J’ai parfois souvenir de ces brefs moments où, même encore entichés l’un de l’autre, je te regardais en pensant silencieusement « Un jour, je ne sais pas quand, comment ni pourquoi, on deviendra peut-être étrangers l’un à l’autre. Tu me regarderas autrement et le gris de mes yeux ne te charmera plus. Le cuivré de mes cheveux te semblera moins chaud. Ma voix te semblera moins douce. On perdra notre étreinte lorsque l’on danse et nos tangos ne seront plus ». Je savais déjà un peu ça, refoulé dans un petit coin de moi, mais la peur de perdre nos habitudes et la flamme voilait subitement ce pressentiment.

Maintenant que j’endosse peu à peu l’idée de tout recommencer à zéro et sentir que je fasse un pas à reculons en même temps, j’entends quelques témoignages d’amis et connaissances célibataires qui ont trouvé moyen de bien passer au travers. Sans surprise, ce qui revient bien souvent est la fameuse fréquentation éphémère, ou le rebound guy qui servirait de « relation de transition ». Dans tous les cas, le terme me rebute. « C’est pas mal rendu ça, maintenant, notre génération ». Je me suis longtemps demandée si j’étais une des rares à me sentir complètement décalée de cette réalité. Personne ne veut être un rebound. Camper la place du vide sans le savoir et s’impliquer réellement quand l’autre ne cherche qu’à meubler l’espace, passons. Je préfère rester seule avec mes orages et accepter qu’une éclaircie les entraînera avec le temps. Je passerai au travers des rancoeurs qu’il me reste avant de manquer de respect à qui que ce soit.

C’est aussi ce qui me décourage un peu des relations à court terme, qui me semblent parfois malsaines. Chacun devient un peu égoïste en ne pensant d’abord qu’à ses propres intérêts, mais il y en a toujours un qui se fera heurter davantage à coups de négligences. J’avais écrit l’article « J’ai été une célibataire heureuse » il y a quelques mois. En me relisant, il y a un point que j’ai omis d’écrire: oui, j’encourage quiconque à la réussite d’un but, d’un projet…on devrait être en couple quand on se sent prêt et déjà accompli, en quelque sorte. S’oublier et se noyer dans la dépendance envers l’autre nous fera perdre tous nos repères si l’amour finit par claquer la porte derrière nous. Nos bases se construisent en temps de solitude, et on les fortifie en couple. Ça me rappelle cette maxime qui dit que « Seul on va plus vite, ensemble on va plus loin ». Bien sûr qu’on peut vivre un temps en n’ayant pas d’investissement sérieux, mais de telles relations finissent par se ravager d’égo et d’insensibilité à la longue.

Hein, s’investir? Attendre l’autre? Non, c’est trop compliqué. Faut garder ça simple. Pourquoi travailler quand il y a des accrochages alors que de toute façon, « on peut toujours trouver mieux ailleurs ». Évidemment qu’on peut toujours trouver mieux. La pelouse semblera toujours plus verte chez le voisin. On ne voit pas la mauvaise herbe, mais elle est pourtant bien ancrée. On peut faire le choix de ne pas entretenir son terrain et rester à la même place, déménager parce que c’est subitement trop laid ou tout simplement prendre le temps de s’asseoir de temps à autres et arracher la mauvaise herbe à mains nues. On oublie que c’est en travaillant et en donnant son grain de sel qu’on contribue à la santé des choses qui nous importent. Mais ne soyons pas dupes; s’il y a des épines qui persistent, alors là, il faut reconsidérer le terrain.

Faut vivre sa vie à deux cent à l’heure. L’amour se hisse souvent dans une place secondaire quand on se priorise constamment.  On s’endort sur le fait que c’est pourtant possible de vivre tout ça avec quelqu’un en faisant des demi-mesures. À la place, on se permet d’aimer de temps en temps. On se « consomme » à temps partiel. Quand le lit semble trop spacieux, quand subitement, le manque charnel pèse trop. Quand on s’ennuie d’exister à travers quelqu’un. Quand on s’amuse à s’appartenir jusqu’à l’aurore. Mais le reste du temps, ne perturbons pas la routine.

Il serait quand même bête de tout généraliser quand il existe un bon nombre de gens qui n’ont pas peur de se choisir et de rester dans une relation saine. Il y a aussi le nombre incalculable de personnes qui se sentent prêtes à s’investir, mais pour qui l’amour prend du temps à arriver. Mon malaise des relations « jetables » vient plutôt du fait que l’on peut rester parfois coincés dans la manigance, la manipulation et la constante remise en doute de soi. Nous ne sommes pas tous prêts pour l’amour, mais rien n’excuse ceux qui utilisent volontairement quelqu’un qui les attend.

Et pendant que Montréal dort encore à l’heure où j’écris, je me permets d’écrire en conclusion que je vais beaucoup mieux. Ce n’est plus tellement un jour à la fois. Le vide, les silences et la solitude pèsent moins. Nous restons en bon terme, loin des insultes et des crises. Je suis dans ce moment de spontanéité où j’ai envie d’aller plus loin devant, qu’on me surprenne, qu’on me laisse jouer Nightcall en voiture dans ces soirées d’été.  Il y a mes chaussures de danse qui me regardent du garde-robe. Elles me terrifient et me renvoient la claque, pour être honnête. Oui, je reviendrai dans la communauté du tango de Montréal. Je me répète à me dire que j’ai débuté seule, pour l’unique plaisir. La passion, les amitiés et l’amour furent des récompenses que j’ai héritées avec le temps et l’investissement que j’ai donné à ce passe-temps. Aujourd’hui, je perds mon meilleur partenaire de danse. Mais je ne perds pas le privilège de danser. Ce serait absurde de tout associer à une histoire sentimentale quand mes fondements reposent sur un rêve d’enfance et une volonté qui m’appartient. Tu existeras encore à travers mes souvenirs, mais il y aura plus d’espace entre ces rappels. Viendra ce soir où j’enfilerai mes talons et mon courage sans trop penser. J’entendrai l’appel de la musique et la chaleur des amitiés. Je me laisserai bercer à nouveau. Je ne me permettrai probablement pas une autre histoire dans un tel contexte, mais au moins, je l’aurai vécu.

Autre part, autrement, j’aimerai à nouveau. Lentement, mais sûrement.

-M!

Crédit photo: Nicolas Paquet

J’ai été une célibataire heureuse

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J’ai longtemps vécue seule et en transparence sans en faire de cas. Je ne remettais pas en question qui j’étais, ni ceux que je rencontrais et dont je ne voyais pas d’issue possible. Je laissais les hasards me bercer sans brusquer quoi que ce soit.

Il n’y avait jamais ce réflexe de devoir compter sur quelqu’un, l’habitude d’être à deux un peu partout, gravir les épreuves à deux âmes unies. Ça ne cadre sûrement pas aux aspirations d’enfance où il était évident que je trouverais LA personne avant l’âge adulte et que l’on resterait toujours ensemble, que nous, on passerait au travers de tout. Aucune de mes aspirations sociales et amoureuses n’auraient pu prédire que j’aurais pris l’habitude d’une aussi longue période en solo, qu’en frôlant cette liberté je serais partie découvrir une petite partie du monde avec mon sac à dos et que je vivrais encore à ce jour en colocation avec trois amis garçons depuis deux ans, bientôt trois (eh oui!).

Pour certains, ça peut peser lourd de ne pas pouvoir partager d’émotions brutes à quelqu’un de près, et même dans ces instants d’orages où j’aurais aimé une oreille non loin, j’ai appris à remonter ça toute seule. Une éclaircie finit toujours par s’introduire dans la tourmente. Encore aujourd’hui, j’ai tendance à garder beaucoup pour moi, même si j’ai une épaule comme refuge. Je me rends compte qu’aimer me permet de vivre les émotions différemment, mais la vraie force se puise encore dans ma propre volonté. Personne d’autre n’enfilera mes souliers à ma place, mais on m’aidera peut-être à me tenir le bras pendant que je perds l’équilibre.

C’était aussi un petit combat de devoir se justifier chaque fois qu’on me demandait le comment du pourquoi. Comment était-ce possible qu’une jeune fille comme moi, susceptible de plaire peut-être, romantique et épanouie, pouvait encore être seule? Je comprenais l’envie d’apporter un changement à mon statut social, la fierté de mes proches que je sois au bras de quelqu’un qui aurait enfin de l’allure et ne plus entendre « Pis, t’as tu un p’tit chum à nous présenter? » durant les partys de famille.

À un moment où la vie me désorientait et où même la chaleur du printemps me semblait tiède, j’ai décidé de laisser en oubli l’énergie que je déployais à vouloir connaître d’autres visages qui ne me regardaient jamais vraiment dans les yeux au bout du compte . Car, on va se le dire, les déceptions se vivent autant en étant seule ou en couple, même si on est heureux au quotidien. Si l’amertume me pesait autant, j’avais peut-être besoin de provoquer un changement. C’est dans un élan de folie fusionné à l’incertitude du départ que je suis partie deux mois en Europe avec un sac à dos bien rempli à 22 ans. Ce n’est pas nécessairement si exceptionnel, ni forcément si jeune que ça. La beauté de ce trip ne s’est pas trouvée dans les paysages ou les escapades sans cartes ni repères, mais dans la surprise de découvrir mes possibilités. Toutes ces aspirations que l’on conserve secrètement mais dont on finit par mettre aux oubliettes par « peur de ne pas être capable ».

Je ne crois pas que j’aurais eu ce réflexe de partir aussi longtemps en étant en couple. Je ne serais peut-être même pas partie. J’aurais vécu peut-être plus, peut-être moins, je suis sans doute passée à côté d’évènements ou de hasards en vivant ainsi. Qui sait! N’empêche qu’après avoir vécu une telle libération intérieure, j’ai renouvelé l’expérience l’année dernière en partant presque un mois, encore seule. Même en couple, oui. Il faut dire que j’ai la chance d’avoir celui qui comprend que cette partie de moi qu’est l’aventure et la découverte culturelle est devenue presque un besoin ancré, vital. J’aurais envie de dire que de toute façon, personne ne m’imposera quoi que ce soit, mais quand on n’a pas les bases nécessaires et la confiance dans une relation, il manque une clé pour permettre cet épanouissement. Ça ne justifie pas nécessairement quoi que ce soit, mais ça freine un peu l’élan.

On devient son centre d’attention et on n’a qu’à penser qu’à soi quand on devient la seule âme à se préoccuper. Pas besoin de partager son pop-corn ou de se soucier des attentions. Pas besoin de justifier où l’on est et avec qui. Pas besoin de s’imaginer l’impossible quand l’autre ne répond pas au téléphone ou aux textos. Être avec quelqu’un que l’on aime, c’est de continuer d’entretenir son essence, mais laisser place à l’inexplicable quand ça émane du coeur. C’est être conscient qu’il y a quelqu’un qui est là, présent, qu’on a choisi et qui nous a choisi. De jongler avec certaines concessions et comprendre pourquoi elles ont leur place. On marche parfois sur des oeufs cassés en essayant de trouver la bonne personne et avoir le sentiment que ça n’arrivera pas. L’erreur arrive  lorsqu’on n’a plus à chercher et que l’on a trouvé, que l’on prend pour acquis qu’on n’a plus d’efforts à faire, qu’on n’a plus d’artifices à ajouter et que peu importe, l’autre restera là. C’est penser que l’on plane quand on joue sur la corde raide, en fait.

Notre génération est celle de tous les possibles, et dans mon paysage d’amis qui ont une couleur bien propre à eux, je connais des couples de longue durée encore amoureux qui ont appris à grandir mutuellement sans piétiner sur les ambitions de l’autre. Je connais aussi ceux qui se sont fanés et lassés, mais dont la peur de l’inconnu les aveuglent devant la porte de sortie. Il y a aussi le cercle vicieux des célibataires qui ne veulent pas s’engager et vivre indépendamment, mais qui finissent parfois par heurter autant les autres qu’eux-mêmes en jouant à la chaise musicale de visages en visages et de corps en corps. Il y a ceux qui s’affirment, heureux, malheureux, ceux qui se protègent des illusions, ceux qui se sentent assommés, ceux qui se sentent fort, ceux qui se disent The show must go on…Il y a une pression sociale qui persiste à nous faire croire que tout se vit à deux pour composer un avenir idéal et conforme. Les chansons d’amour répètent indirectement ce message que l’on n’est rien sans l’autre. On a existé avant de rencontre l’âme soeur pourtant, et c’est important qu’une relation nous définisse au lieu de nous oublier. Voilà pourquoi j’ai été sensiblement une célibataire heureuse et que ce parcours m’a mené aujourd’hui à une relation saine où le coeur a parlé à ma place. Je me suis trouvée et aimée avant de partager l’amour mutuel.  Aimer et s’aimer, quoi!

-M!

Artiste et entière?

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Il y a bien des choses que j’ai compris depuis que je suis dans le milieu artistique. Au milieu des belles rencontres, des déceptions et de la compétition, il y a une nuance que j’ai remarquée et dont on parle moins: on parle peu des failles.

Je ne pense pas en apprendre à personne, mais pour dénicher des contrats, il faut des contacts. Inconsciemment, c’est presque essentiel de préserver une image artistique souvent conforme à « la loi non-écrite ». Une image souvent polie, perfectionnée et sans accrochages. On doit dire que l’on reste actif dans le milieu, même si en réalité le téléphone n’a pas sonné depuis des mois. Que dire du nombre de gens qui m’ont confiés être mal à l’aise en allant à toutes ces soirées de rassemblement artistique simplement pour rencontrer des gens et agrandir leur réseau. Je n’ai pas échappé à ces soirées, ni à ce sentiment intérieur de ne pas être entière. Au Québec, on répète constamment que ce milieu est petit et, effectivement, des liens se tissent à une vitesse fulgurante. C’est faire preuve de lucidité en comprenant que témoigner du mauvais travail d’un technicien se fera peut-être entendre d’une oreille mal intentionnée. Tout. Finit. Toujours. Par se savoir. En fait, j’ai compris assez rapidement que ma neutralité low-profile est la formule gagnante.

Je remarque sur les réseaux sociaux qu’on s’exclame toujours ouvertement lorsqu’un nouveau projet nous a été confié, et à quelque part, je comprends cette joie-là. Je me souviens de l’excitation que je ressentais lorsqu’on me choisissait sur un contrat. Je la ressens encore, bien sûr. Mais les gens « non-artistes » ou alors ceux qui ont un mode de vie beaucoup plus stable que les pigistes s’imaginent souvent à quel point nos vies semblent incroyables et les leur, parfois pathétiques.

Parce qu’au travers de nos photos prises avec des « célébrités », les behind-the-scene où tout semble plus-que-parfait et les événements VIP, le vrai behind-the-scene est beaucoup moins glamour qu’il ne le paraît. En fait, c’est un peu applicable à tout le monde; sur Facebook, on affiche toujours ce qui va bien, quand ça va bien. Mais parler du fait qu’on doive parfois jongler entre deux jobs pour se « permettre » de travailler comme pigiste, parler de nos crises existentielles et le sentiment de devoir souvent se justifier: ça, c’est rare d’être open là-dessus. Ça ternit l’image, comme on dit.

À un moment donné, ça devient lourd d’entretenir une image établie par le milieu et ne pas se sentir tout à fait soi-même. On s’entretient à coups d’artifices, mais au bout du mois, il ne reste pas toujours de paillettes. Si on met vraiment le doigt dessus, c’est un peu comme accepter de s’auto-hypocriser. Là, je ne dis pas que ceux qui sont actifs dans le milieu ou qui semblent l’être sont hypocrites; on le devient quand on n’est plus à l’aise avec l’image que l’on donne, et que l’on continue de l’entretenir.

Je dis tout ça, parce que des failles, j’en ai vu et connu à coup de centaines de visages et de confidences. Je salue ceux qui passent par-dessus leur orgueil et qui sont aisés de parler des choses telles qu’elles le sont, autant les échecs que les fiertés. Le meilleur exemple d’humanité que j’ai connu est cette réalisatrice d’une trentaine d’années que j’ai rencontrée sur un plateau il y a trois ans de cela. Suite aux nombreux refus de financement du gouvernement, elle a décidé de financer son court-métrage elle-même. Un investissement qui lui a coûté presque tout ce qui lui restait. Après quelques mois de post-production, elle confiait avoir prit tous ses REER, remplit ses cartes de crédit, avoir coupé pas mal partout et pensé à changer de carrière pour payer ses dettes. Elle était sans le sou, mais convaincue qu’avec sa détermination, son film irait loin. Et, comme de fait: ce film a remporté de nombreux prix à travers le monde et elle vit maintenant de son art à Hollywood!

Ce qui m’a le plus marqué de cette femme n’est non pas le succès qu’elle récolte maintenant, mais combien elle fut sincère envers elle-même et tous les gens autour durant cette période de remise en question. Rendu dans le cap de la trentaine, j’imagine que c’est un gros coup dans l’orgueil de se poser autant de questions de carrière et de vie. Cette rencontre fut une des plus enrichissantes de ma vie, d’ailleurs. Ça m’a montré que l’on pouvait se donner le droit d’être toujours terre à terre, peu importe les circonstances.

À force de parler constamment de réussite, à quel point c’est important d’avoir l’air toujours beaux, avoir un cv important à son actif, ça devient une pression inutile pour soi et aussi pour les autres. Le travail est important, mais il ne devrait pas exercer de pressions superficielles 24 heures sur 24. Il y a des talents anonymes qu’on ne connaît pas encore ou qu’on ne connaîtra jamais, et même s’ils sont remplis de volonté, qu’ils ont tout essayé, se sont ruinés, beaucoup penseront d’eux qu’ils n’ont « pas réussi dans la vie ». Et c’est quoi, au juste, réussir, exactement? Se trouver dans le top 10 du palmarès de musique, être connu, être très à l’aise financièrement…? Tout le monde possède sa propre définition de la réussite, mais la mienne s’est forgée au fil des ans, à coups de d’escalades et de moments monotones. Bien sûr qu’on a tous rêvé à un moment avec des étoiles, qu’on a espéré et qu’on espère atteindre LE top. Maintenant, je préfère penser que la réussite ne se trouve pas dans la réception d’un public ou d’une audience. C’est donner le meilleur de soi et être satisfait du travail acharné. Des fois, on dévie ailleurs aussi pour réaliser bien des choses. Pis c’est tellement pas grave. On ne peut pas toujours garder les rêves d’enfance exactement comme on les avait rêvés. Parfois c’est mieux autrement, d’y ajouter une aile de plus.

Je sais que ça fait extrêmement kitsch à dire, mais c’est probablement le genre de choses que j’aurais aimé savoir et pouvoir appliquer à mes débuts. Je croyais en savoir déjà beaucoup en ayant plus de deux décennies dans le corps, mais parfois je me sentais comme à la cour d’école où on se laisse impressionner par ceux en sixième année…La différence, c’est que se retrouver avec des gens plus vieux, plus expérimentés parfois, tu ressens le besoin de te prouver à toi-même et les gens autour. J’ose espérer que les gens ne portent pas un jugement aussi sévère envers eux-mêmes comme je l’ai été envers ma personne. Aujourd’hui, sachant qu’il me reste encore un bagage bien grand à remplir, je commence tranquillement à être plus près de la réalité sans avoir peur des regards que ça engendrerait. Comme on dit souvent…on est peut-être son pire juge!

-M!